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Haiti, le Néolibéralisme et la Réalité

Manifestants Haïtiens
Manifestants Haïtiens
Posté le 30 avril 2008

La désignation de Ericq Pierre comme Premier ministre, dans le contexte des retombées des événements du 9 et 10 avril dernier, relance le débat une fois de plus sur le néolibéralisme, la globalisation, le protectionnisme et le nationalisme.

Au milieu de cette atmosphère chargée, l’importance d’une lecture perspicace des situations nationale, régionale et mondiale a travers des indicateurs clés, est plus que nécessaire.
Or, les tendances actuelles révèlent que l’économie mondiale entre dans une période critique au sein de laquelle, les gouvernements jouent un rôle de plus en plus sensible dans la vie des citoyens et des affaires. L’époque du monde plat parait révolue.

Les enjeux d’autosuffisance alimentaire, d’éducation et de formation adaptée sont a l’ordre du jour. Dans cette veine, les pays riches se voient obligés de reconsidérer leur subvention en matière agricole alors que simultanément, les pays pauvres responsables sont en train de réajuster leur tarif quant aux biens industriels importés.

Le leadership des pays comme le Brésil, l’Inde, la Chine entre autres a persuadé les pays riches et par interposition les institutions internationales de revoir leurs approches dans les rapports avec les pays en développement d’une part et les nations pauvres de l’autre. A cet effet, aujourd’hui, selon les règles d’échange, les pays émergents et démunis ont le droit de dire non aux prescriptions suicidaires et opposer leur veto à toutes recommandations jugées inadaptées en cas d’urgence. Il appartient donc aux Etats de gérer leurs ressources et prendre en main leurs destinées. C’est notre cas aujourd’hui. Il incombe a toutes et a tous d’y contribuer.

Certes, à côté de la promotion de l’équité sociale, la réduction de la pauvreté, le renforcement des institutions démocratiques, la fortification de la société civile, la protection de l’environnement, l’intégration régionale, la cohésion socio-économique et la stabilité politique; la modernisation institutionnelle n’est que l’un des paramètres, à partir desquels le nouveau gouvernement sera jugé.

Toutefois, la modernisation institutionnelle demeure l’une des toutes premières grandeur mesurables, permettant d’apprécier les caractéristiques principales de l’équipe gouvernementale, puisqu’elle constitue un préalable essentiel à toute reforme de l’Etat.
Contrairement à certaines traditions archaïques, ce sont les institutions qui gouvernent le comportement des individus et des collectivités. De la famille à l’église en passant par l’Etat, les institutions incarnent les règles du jeu. De ces préceptes dépendent les motivations comportementales, les performances et les espoirs, à travers une balance entre les droits et les obligations.
Ces principes du jeu institutionnel influencent à la fois le développement économique et le maintien de la croissance.

Haïti est aujourd’hui victime du népotisme, du paternalisme et de la corruption à un niveau d’alerte élevé. Par conséquent, il est d’une suite logique que des mesures soient prises en vue d’affronter les causes racines qui conduisent à l’improductivité et la stérilité des institutions publiques.
Fort de cette réalité, il est donc urgent de moderniser les institutions dans le but d’éliminer les informalités qui empêchent la performance de l’Etat. Ceci exige donc une organisation, c'est-à-dire une structure qui responsabilise les acteurs à partir des règles.

L’équipe que dirigera le nouveau Premier ministre sera au sommet des affaires de l’Etat pour le bien être commun. Cette mission demande l’accomplissement d’objectifs précis. Elle oblige une adaptation des tactiques et organisations selon les normes et régulations externes en fonction des contraintes internes. Or, il n’est pas toujours facile de rendre compatible ces deux entités. A cause de cela, la stratégie doit tenir compte de l’organisation de lEtat (budget, structure, les contextes nationaux, l’approche, les motivations, les mécanismes d’exécutions), au delà des considérations partisanes et intéressées.

Haïti et les réalités de l’économie mondiale

La phase d’ajustement structurel du néolibéralisme sans aucune considération humaine n’existe plus. La nouvelle approche au développement réside dans la compétitivité du système.

Tous les pays sont en compétition pour des biens exportables quelconques, des services et des investissements.
Désormais, les facteurs déterminants ne sont plus l’idéologie et les préjudices. Ces mesures dépassées sont remplacées par la formation, l’expérience et le savoir faire de la main d’œuvre, les nouvelles technologies, la stabilité politique et un climat de confiance sociale. En essence, la modernisation.
D’où l’importance cruciale de l’ouverture politique, de l’intégration sociale aux échelles publiques et privées.

Haïti et les Inégalités Sociales


L’inégalité sociale correspond à un cancer des démocraties naissantes et de la croissance économique. La leçon est on ne peut plus claire. La balance entre le politique et l’économique est vitale à l’égalité sociale.
Alternativement, sans la modernisation institutionnelle, la réduction de la pauvreté restera un vœu pieux, alors que la cohésion socio-économique ne franchira pas l’étape du verbe et des illusions.

En dépit des prescriptions de la Constitution de 1987, nous continuons à pratiquer un système économique restrictif. En évidence :

- Les petits commerçants, les détaillants n’ont pas accès aux banques et aux crédits.
- Les professionnels issus pour la plupart des couches moyennes et défavorisées n’ont pas de chemin aux marchés d’emploi.
- Nos rares entrepreneurs et industriels n’ont pas d’entrée aux marchés régionaux et mondiaux. Ils ne bénéficient pas de l’accompagnement (partenariat) de l’Etat pour se moderniser.
- Nos banques sont tantôt sous représentées ou absentes à l’extérieur.
- Les haïtiens de l’étranger n’ont aucune possibilité d’investir, d’acheter ou d’échanger avec le marché local, malgré certains avantages, des inclinations naturelles et patriotiques.
- Nos villes touristiques les plus cotées sont coincées dans le carcan des pratiques d’affaires sous développées.
- Les tarifs des hôtels, des restaurants, des taxis sont loin d’être compétitifs et régulés de façon qualitative ou quantitative.

Sur le plan légal :

- Le système de droit de propriété favorise les privilégiés. Ces derniers pour la plus part, profitent et alimentent les courroies de corruption au sein des ports, des aéroports, des douanes, de la police et du système judiciaire.

Au niveau politique :

- Le processus démocratique s’achève avec la fin des élections.
La participation continue de la population en vue d’influencer les prises de décisions est souvent qualifiée bon gré mal gré, de chimérique ou de populisme dictatoriale.
Il est même devenu normal que les élus négocient leurs acceptations avec les établissements d’imposition de fait.

Socialement :

- Les relations entre patrons, employés et clients ne sont pas structurées comme étant les maillons d’une même chaîne, mais plutôt a l’instar des divisons de bataille rangées.

Les Avantages de la Modernisation Institutionnelle

Dans l’ensemble, une modernisation institutionnelle axée sur les compétences techniques et pratiques renferme les possibilités d’arriver à une base concrète, une intégration sociale fondée et peut tout aussi servir de tremplin aux intégrations régionale et mondiale.
La modernisation institutionnelle redéfinit la politique sociale en tenant compte des proportions.
Il est un fait, le pays de 2008 n’est pas un état fort et tout puissant qui décide et exécute. C’est à l’inverse, une pluralité d’acteurs, de secteurs public et privé qui partage avec l’Etat un plan intégré de développement économique et social.

Dans cette même lignée, la centralisation a laissée place à la décentralisation et la déconcentration.
Les élus locaux se conscientisent de plus en plus. Ils ont leurs propres visions, selon une approche d’interdépendance avec le pouvoir central.

La logique bureaucratique pure est substituée par la coordination des différents intérêts représentés.
Ce sont les bénéficiaires, les clients qui décident des meilleurs services.
Les pauvres, les plus vulnérables sont reconnus comme étant prioritaires.
La loi de l’argent blanchi, des connections, s’adapte aux logiciels du co-développement et de la gestion mixte.

Il ne faut pas se leurrer. Aucune privatisation ne saurait remplacer l’Etat et ses rôles catalyseurs d’arbitre, de coordination et de représentation sociale.
Parallèlement, le marché ne peut être un pouvoir débridé qui ignore les règles du jeu.

Inversement aujourd’hui, même si l’Etat reste le baromètre central, il ne peut pas seul supporter le processus social. De façon verticale ou autonome, il n’a ni l’habilité politique et encore moins les ressources symboliques et matérielles. Il doit nécessairement compter sur des partenaires. Tout comme le marché ne peut pas à lui seul coordonner les relations sociales.

Pour combler ces manques de part et d’autre, la modernisation institutionnelle devrait définir de nouveaux mécanismes de coordination sociale flexible. Ils réguleraient des procédures susceptibles de garantir la forme démocratique du gouvernement, indépendamment du contexte.
Au lieu de limiter les options de l’Etat, les institutions devraient les multiplier, augmenter la crédibilité du système et se concilier à la stratégie économique moderne de la gestion politique.

Les Compléxités de la Modernisation Institutionnelle

L’objectif consiste à augmenter l’investissement social, améliorer les programmes d’implantation tout en écartant les contrôles bureaucratiques insensibles et monopolistiques. Car, il est nécessaire que les éléments sociaux collectifs et individuels participent au processus de modernisation des institutions publiques dans le but d’améliorer leurs performances.

La modernisation équilibrée peut guider et évaluer les mécanismes de coordination entre les responsabilités, les prérogatives publiques et l’initiative entrepreneuriale.

La co-gestion place l’analyse scientifique au sommet de l’agenda en abordant de façon rationnelle les problèmes sociopolitiques du pays, cela sans pathétisme.
Cette coopération collecte, systématise et évalue les informations nécessaires aux prises de décisions. Elle offre de tableaux comparatifs comme guides de motivation et de performance.

Le pays a besoin d’augmenter ses capacités afin de satisfaire les besoins humains de base. Il ne peut le faire qu’à travers une gestion efficace et efficiente des entreprises publiques.

Le partenariat entraîne la co-gestion qui débouche sur le co-développement suivant les innovations technologiques et éducatives en lieu et place du paternalisme pléthorique.
Le moment est enfin venu de penser à quatre dimensions pour comprendre les facteurs politique (1), sécuritaire (2), les données du marché(3) et les pressions environnementales(4) intensifiées, à travers la globalisation.
Autrement, nous courrons le risque de perdre la loyauté de nos citoyens.
Il nous faut agir vite et bien pour trouver une porte de sortie. Car
en tant qu’Etat, nous avons échoué administrativement.

La modernisation institutionnelle se fonde sur la transparence, la communication. Elle est la recette obligée vers le co-développement et la croissance économique.C’est une nouvelle approche axée sur le partage des normes et de standard éthique pour une gestion saine vers la promotion du bien être humain.

D’autre part, il est tout aussi important de cerner le dilemme de l’Etat entre la protection et la redistribution.
En effet, il redistribue à travers les taxes, lesquelles découragent la création et l’accumulation de biens et de richesse. Il réduit ainsi, le pouvoir productif du système économique.
Simultanément, l’Etat fait la promotion de la production et des échanges. Il protège les droits de propriété et exige le respect scrupuleux des contrats privés. Ainsi, l’Etat augmente la capacité productive de l’économie.
Cette dichotomie commande un équilibre fragile qui oblige du pouvoir des engagements fermes à la liberté économique, la liberté de choix, d’échange et la protection des propriétés publiques et privées.

La modernisation institutionnelle influencera positivement les dynamiques de changements institutionnels à travers les contextes stratégiques et institutionnels.L’Etat a pour obligation d’opter pour une intervention qui offre les meilleures possibilités d’améliorer les services tout en augmentant les ressources.

De par ces considérations, la modernisation institutionnelle doit être d’abord un changement organisationnel, c'est-à-dire structurel, systémique et systématique. Ce qui requiert des investissements dans la gestion du changement et une stratégie qui se concentre sur le processus ou les moyens de parvenir à des réformes institutionnelles véritables.
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  • LES AVANTAGES COMPETITIFS D'HAITI
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